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Nîmes, 20 septembre 2020, mano a mano, Sébastien Castella/ Miguel Angel Perera- Jandilla

par Sep 23, 2020Corrida 2020

On pourrait tenter de mettre des mots. Mais ce serait tromper et trahir. On pourrait faire un joli copier/coller avec la chronique de la veille, mais le moral n’est même plus aux facéties.

Les trois premiers toros du jour étaient, à nouveau, imprésentables, Castella a été élégant et suave devant un adversaire de peu, peu de cornes, peu de trapio, peu de moral, peu de mobilité et réussit la prouesse d’être trop long. Perera a mis en valeur la complète impotence du toro suivant. Au moment où l’on songeait «  ça fait peine », le taureau se coucha par terre, et la messe était dite. Le toro beige, genre peluche, sorti en troisième, était à peu près complètement invalide. Sébastien s’occupa à toréer l’à peu près qui restait et on a passé la faena à prier que le toro ne tombât pas trop souvent. Le maestro y réussit, patient, délicat, prévenant et termina par une quinzaine de passes, immobile dans le sitio, où l’ectoplasme de la modeste peluche rodait encore un peu.

Les trois suivants furent un peu moins navrants, puisqu’on leur devinait des cornes, ce qui, ce jour, était inédit.  Le quatrième était un toro de gala, mais d’un gala pour Ephad où l’on fait semblant de vivre, même quand les forces manquent. Un moral de jeune homme mais le souffle court. Perera fut parfait dans le créneau, flattant le moral par des cites lointains où le toro accourt comme un jeune homme en s’épuisant plus qu’il ne faut. Le maestro parvint à y glisser des naturelles de grande beauté qui nous firent, un instant, oublier le matériau. Lui, aussi, réussit la prouesse de laisser sonner deux avis avant de conclure avec le toro cacochyme.

Soyons jutes, les deux derniers étaient davantage des toros, ceux-là avec des cornes, de la présence et sans faiblesse. La corrida pouvait enfin commencer !

Très belle entame de Castella par des passes du cambio, sèches et dominatrices, deux ou trois séries de derechazos vibrants, puis, l’air de rien, tout se délite, tant le torero n’a pas l’esprit à peser sur son adversaire. Il sert des passes, quelquefois bien dessinées, liées, templées mais sans dominio  ni esprit de dominio. Le toro se réserve et proteste à gauche, Castella n’insiste pas, reprend à droite et le tout va a menos (une oreille).

Perera, devant un dernier adversaire de même eau, mais plus brutal, se fait désarmer plusieurs fois et déloger de son sitio. Deux jolies séries à gauche, avant une fin par porfia, tres en uno dans les cornes, gorgé d’aguante mais, comme pour Castella une vilaine impression d’inachevé.

Et avec ça, des picotazos, une indifférence absolue des deux maestros à la mise en suerte face aux piques (la meilleure mise en suerte sera le fait du sobresaliente Jérémy Banti  invité au quite par Sébastien sur le cinquième), des épées désastreuses, entre rincon ordonezien, entière trasera  un peu dans le dos et bazonazo de ley et une pluie de descabellos.  Le manque de corridas en cette année de Coronavirus explique sans doute le fait.  Deux naufrages consécutifs, y compris en présentation, en deux corridas explique le reste : cette impression poisseuse d’inéluctable ressac, de fin de partie, de fin d’un monde.

Reste que des corridas ont été organisées dans ma bonne ville de Nîmes, grâce à une municipalité attentive à tenir son rang face à l’entrain arlésien et dans le cœur des aficionados (Sébastien a offert le combat de son premier au maire de Nîmes sous les applaudissements reconnaissants de tous), une préfecture qui a su mesurer les enjeux locaux, une empresa, encore discrète à la mi-août mais qui s’est sans doute laissée convaincre et a finalement organisé le plus grand cycle férial de l’année sous Coronavirus et des toreros qui ont joué le jeu.

Il n’y manquait, les deux derniers jours, que des toros dont on avait pourtant cru comprendre que, faute de corridas, ils étaient promis à l’abattoir. Le mystère tient tout entier à ce que quelqu’un a dû se tromper dans les destinations promises. …

Et le plus important : le comportement des Nîmois, festaïres et commerçants, une leçon de vivre ensemble, même un peu moins nombreux, un week-end de fête responsable mais tout sauf triste, par temps de pandémie, autour des arènes et des choses de toros , cœur de féria, cœur du cœur de Nîmes.

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