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Nîmes, 19 septembre 2020 – Daniel Luque, Juan Léal, Marcos (alternative) / Garcigrande

par Sep 23, 2020Corrida 2020

Certes, le contraste avec la corrida de la veille est-il susceptible d’altérer le jugement.

Mais on se demande tout de même par quel mystère, en une temporada sous Coronavirus, où toutes les férias, notamment, espagnoles, ont été annulées les unes après les autres et où les ganaderos n’ont pu vendre leurs toros à quiconque, un tel lot a pu être choisi ou accepté dans une arène de première catégorie, fût-ce celle, un peu avantageuse et quelquefois frivole, de Nîmes sous l’empire de qui vous savez depuis des siècles. L’économie taurine doit sans doute déroger aux règles les mieux établies ! On avait cru, jusqu’alors, qu’une offre en excédent faisait nécessairement le bonheur du client. Et qu’un client de prestige incontestable pouvait imposer ses conditions, y compris par temps de crise. C’est ce que nous avions pensé la veille en voyant le très beau lot de Victoriano del Rio. Garcigrande nous aura déniaisés. Et la chute fut brutale !

Les deux premiers étaient d’immondes sardines, avec des moignons en pinces de crabe pour toutes cornes, absolument imprésentables. Les suivants, dépourvus de trapio et de présence -à la notable exception du troisième et sans doute du sixième, à peine correctement présentés mais de plus de jeu – faibles et dépourvu de toute mobilité. La présidence, sollicitée par les toreros qui se savaient condamnés à devoir tirer du jus à des enclumes, interrompra quasi-systématiquement les tercios de banderilles. Ajoutez à cela quelques épisodes de vent  en rafales, et vous aurez la juste couleur de l’humeur du jour.

Luque, absolument dépité, et qui est tombé sur le plus mauvais lot d’une encaste affreuse, a fait le maximum, a cru devoir nous offrir la sardine n°2, a pu cependant, avec une belle abnégation, nous faire une démonstration de son capote de soie, tellement plus léger et vaporeux entre ses mains, et d’une épée merveilleuse d’exécution sur le suivant, qu’un descabello sûr et décisif a complétée (saludos y saludos).

Marcos est tombé du ciel dans cette marmite pour son alternative. Un profil abyssin de pièce de monnaie, les joues creuses, pâlichon, la muleta réduite (le seul détail qui m’ait plu chez ce torero), il se révélera appliqué, lointain, et sans envie . Oh, bien sûr, ayant vu le succès de la manière de Juan Léal, il fera sur son dernier quelques largas afaroladas de rodillas et entamera sa faena un genou en terre pour de passes très dessinées et templées, ce qui sera son meilleur tant, une fois debout, il torée hors du sitio, ce qui anémie le joli du geste. Il termine par  luquesinas en hommage à son parrain d’alternative dans un silence sépulcral sous un ciel bleu cobalt d’alerte rouge sur le département du Gard.

Juan Leal sera le seul des trois à nous sortir un peu de la déprime. Grâce à son adversaire, noble, mobile et avec un brin de caste. Transparent à la cape, il entame à genoux, depuis le centre, pour deux passes du cambio, deux changements de mains et un pecho, le tout de très grande valeur et de gros impact. Sa première série où il cite de loin avant d’embarquer le fauve dans des derechazos de plus en plus près laisse espérer le meilleur. Hélas, plutôt que de profiter de la noble charge de son adversaire, il sombre dans le pueblerino, exagère la position, multiplie les passes à l’envers, les fesses au mufle – ce qui n’est très heureux pour personne- se remet à genoux, le courage suppléant à l’inspiration. Une moitié d’arène s’exalte, l’autre maudit un peu le sorteo qui aurait pu offrir ce toro à Luque . C’est ainsi. Mais le plus beau, le plus décisif est à venir : une épée merveilleuse de don de soi, d’exécution parfaite, fulminante, d’effet immédiat. Deux oreilles tombent du palco un peu mystérieusement pour cette faena de torero sans chiqué ni chichi, mais vraiment à côté, tout de même, de ce que permettait un tel adversaire.

Le suivant sera laissé à l’abandon par le torero et sa cuadrilla durant les deux premiers tiers. Faena tremendiste face à un bloc d’immobilité qui n’a aucune envie de jouer. Juan mande beaucoup en début de faena en pesant et c’est assez beau. Puis le toro n’avançant plus, le torero va se mettre entre les cornes, se fait soulever, y revient, aguante, tire quelques derechazos isolés. Ce n’est plus du toreo, c’est un vain sacrifice. Epée al encuentro  aussi décisive que la première mais la présidence s’avise qu’une oreille de plus ouvrirait à Juan Léal la Porte des consuls et choisit  de  maintenir son erreur de jugement au fond de la poche, le mouchoir par dessus.

Ce désastre ganadero méritait bien un bouc émissaire. A la sortie, l’âne de la fable de La Peste sera, assez curieusement, Juan Leal, qui n’a pourtant pas dû choisir les toros du jour !  Tremediste, pueblerino, certes ; assez loin des canons des artistes inspirés et fragiles, certes encore, mais un torero de courage, le plus souvent dans le sitio et croisé, qui aime bien la bagarre et le sang, le bruit et la fureur. Les plus anciens d’entre nous songent à l’Espartaco des débuts qui devint, l’apprentissage fait et l’expérience acquise, l’un des plus durables toreros classiques de la fin de l’autre siècle. C’est tout ce que l’on souhaite à Juan Leal. L’engagement et l’allure durant la suerte de mort et l’épée ne mentent jamais.

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